André Plumey, un escroc de bonne foi

L'HEBDO - 27 AVRIL 1995

CONFESSION A I'occasion de la parution du livre consacré à sa folie saga, le célèbre escroc jurassien s'explique pour la première fois. Une interview exclusive.

Par la haie vitrée de sa chambre d'hôpital, André Plumey domine Bâle. Comme du temps de sa splendeur, lorsqu'il recevait les plus grands banquiers de la ville dans ses prestigieux bureaux du Bockstecherhof, juste de l'autre côté de la route. Près de dix années ont passe depuis ce jour noir de décembre 1985, où le Jurassien comprit que son empire financier venait de s'écrouler comme un château de cartes.
L'AVOCAT ÉCRIVAIN. Me Peter Zihlmann (à gauche) a défendu André Plumey des le lendemain de sa fuite en janvier 1986. Fasciné par son histoire il en a tiré un livre étonnant (Photo: Jacques Bélat)Attirés par les dividendes royaux que Plumey leur promettait (plus de 20%) près d'un millier d'investisseurs lui avaient confié quelque 200 millions de francs. Il disait les placer aux Etats-Unis, dans le pétroIe et dans l'immobilier. Mais cela faisait déjà bien longtemps que les gogos jouaient à l'avion sans le savoir: l'argent des nouveaux investisseurs servait à payer les dividendes de ceux qui les avaient précédés.
Trois ans de cavale sous un faux nom au Canada. Dix-huit mais de préventive dans les geôles sévères du Lohnhof à Bâle, avant d'être libéré sous caution (300 000 francs!) pour raison de santé. Une condamnation à sept ans de prison pour escroquerie par métier et faux dans les titres, contre laquelle un recours en cassation est toujours pendant. Un sacré palmarès.
Pâle, les traits fatigués, André Plumey garde l'oeil vif et soigne sa mise, même s'il sait bien qu'il ne sera plus jamais le financier élégant qui suscitait l'admiration de tous. Sur sa table de chevet, un livre vert estampillé d'un rouge «Kriminell»: «L'affaire Plumey. La justice en jeu»* dont l'auteur n'est autre que son avocat, Me Peter Zihlmann. «Il m'a coupé l'herbe sous les pieds: je ne pourrai plus écrire mes Mémoires», lâche André Plumey dans un sourire. En 300 pages bien enlevées, le bouquin raconte sur un mode romance la fuite, la détention et le procès du financier jurassien. Un vrai polar qui rappellera sans doute de fâcheux souvenirs aux plumés de jadis.
Sa conviction: André Plumey est certes un homme d'affaires déchu, mais pas un escroc. Pour lui, le tribunal n'est pas parvenu à prouver le contraire. Il s'est contenté de conforter son a priori. Ce faisant, il aurait fait de lui «la victime expiatoire idéale et exemplaire sur l'autel du grand capital pour le purifier du mal et de la délinquance» (sic!).
Reste le regard que jette le principal intéressé sur les faits qui lui ont valu la prison. Concentre sur sa chaise, la voix bien timbrée, colorée d'un léger accent jurassien, André Plumey s'explique avec son passe. Le ton n'est pas au mea culpa: pour lui, l'erreur, c'est les autres.

PROPOS RECUEILLIS PAR DANIEL PILLARD

* Editions Slatkine où il paraît aussi en allemand sous le titre «Der Fall Plumey. Die Ware Wahrheit»
 

retour